Se séparer ? C’est la mode

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Tu vas répéter un million de fois que tu te sépares. À la CAF : « Je suis en cours de séparation ». Aux impôts : « Je suis dépacsée. » À la mutuelle : « Je me sépare du père de mes enfants ». A l’assurance, à EDF, au téléphone, au travail, à la banque, à l’école, partout, tout le temps. Et les questions administratives qui suivent : « Mais c’est fait ou c’est pas fait ? Ça date de quand ? Vous habitez encore ensemble ou pas ? J’indique quoi comme situation : séparée ? Divorcée ? Célibataire ? » Aïe. A chaque fois que tu répètes ces mots, c’est comme un coup de marteau sur un membre déjà brisé, ça t’enfonce bien profondément dans le crâne et dans les oreilles que ta famille, c’est du passé.

Tu vas en pleurer des litres de larmes. Surtout quand tu devras partager les affaires de tes enfants, la liste à la main. Qui prend quoi ? Un peu chez papa, un peu chez maman. On parle de lits d’enfants, de table à langer, de puzzles et de peluches, bordel. Encore, le canapé et le frigo, on s’en fiche, c’est une histoire d’adultes. Mais les chambres des enfants…

Tu vas prendre en photo le biberon abandonné au bord de l’évier quand tu réaliseras que tu ne reviendras plus jamais dans cette maison, et que vous ne serez plus jamais tous les 4 ensemble. Tu prendras en photo les jouets qui traînent et les habits au pied du lit. Les CD que Robin aime tant écouter, bien rangés près du poste. Le tapis rose de Juliette, toujours à moitié déplacé sous son lit. Ses rideaux qui laissent passer le soleil du matin. Pour emporter tout ça un peu avec toi. Plus rien ne sera pareil, ni la lumière, ni les rires des enfants qui résonnent encore entre les 4 murs.

Tu vas perdre beaucoup de poids, parce que tu n’auras plus faim, parce tu auras comme une gastro à chaque nouvelle étape, et que des étapes, il y en a plein.

Tu vas te réveiller le matin, pendant longtemps, en te disant que tu as fait un bien mauvais cauchemar. Et tu vas regarder autour de toi. Tu vas réaliser que tu dors dans une chambre inutilisée sur un matelas par terre dans ta propre maison et tu vas comprendre qu’en fait, c’est ta vie que tu vis là. C’est bien toi qui fout ta vie en l’air.

Tu vas cohabiter 3 mois avec William. Tu vas détester William aussi fort que tu auras envie de le prendre dans tes bras et de lui dire que tout ira bien. Mais ce n’est pas vrai, ça n’ira pas bien. À cause de toi.
Tu vas sortir, beaucoup, tout le temps, et William va t’en vouloir. Il va te traiter de pute, de salope et il va casser une porte de rage.

Vous allez vous déchirer sur le prix de la maison.

William va te dire qu’il a perdu sa femme, ses enfants la moitié du temps, qu’à son boulot ça ne va pas et que s’il perd sa maison il aura tout perdu.

Parfois, il y aura des « mon cœur » qui vont t’échapper. Et ceux-là, ils font mal, parce que ce sont des « mon cœur » de la vie d’avant, des « mon cœur » qui s’accrochent, des « mon coeur » qui ne veulent pas partir et qui viennent rappeler qu’il n’y a plus de cœur et encore moins l’un à l’autre.

Tu vas avoir des propositions de logement chez des amies, mais quand même, « pas trop longtemps, et puis on a notre vie aussi tu comprends », alors tu refuseras.

Tu vas faire le tri dans tes amis, un tri naturel simplement par le fait que certaines personnes ne demanderont aucunes nouvelles.

Tu vas fêter les 2 ans de ta fille et ce sera l’anniversaire le plus triste de toute ta vie. Tu vas te cacher dans la cuisine pour pleurer car le seul cadeau que tu trouves à lui offrir pour ses 2 ans c’est de ficher en l’air son monde de petite fille et d’abandonner le foyer familial.

Tu vas marcher dans la rue en ayant l’impression que tu n’es plus dans ton corps. Tu vas te demander si tu es les autres, les maisons, tu vas avoir l’impression que les gens rapetissent et tu vas te dire que tu es bonne à enfermer.

Tu vas aller voir une psy qui ne fera rien d’autre que t’écouter pendant 45 minutes et te tendre des mouchoirs. Elle va vouloir te voir toutes les deux semaines. Et te ruiner.

Tu vas pleurer le matin quand un collègue te dira « Salut, ça va ? » et tu vas porter des lunettes noires même dans ton bureau.

Tu vas recevoir d’adorables messages de soutien de ta sœur qui est passée par là.

Tu vas passer des nuits presque blanches, à t’endormir tellement tard et à te réveiller tellement tôt que tu ne sauras même pas si tu as fermé les yeux.

Tu prendras des surdoses de vitamines associées à un anxyolitique. Tu voudras dormir 6 mois ou ne jamais te réveiller.

Et tu vas avoir beaucoup de mal à trouver un logement. Une maman séparée ça ne fait pas bon genre, ce n’est pas très stable. Et puis les enfants… Combien ? A quelle fréquence seront-ils dans la maison ? Vous avez un garant ? Oui, même à 35 ans et en étant propriétaire d’une belle maison il faudra un garant. Tu vas ravaler ta fierté et appeler ton papa. Toi, l’adulte responsable et indépendant, tu vas quémander à ton papa en pré-retraite d’être garant du fait que tu paies bien ton loyer alors que tu es en CDI depuis 12 ans.

Tu vas redescendre dans l’échelle sociale et ça va te donner une sacrée leçon d’humilité. Rien n’est jamais acquis, dans la vie. Tu vas trouver une maison vieille et moche, mais assez grande pour accueillir tes enfants, et tu écumeras les sites de ventes d’occasion pour acheter les meubles qu’il te manque. Et tu iras faire la manche auprès des magasins pour récupérer des cartons qui serviront à ton déménagement.Tu vas enjoliver la réalité en expliquant à Robin que cette maison sera un paradis, avec son cerisier dans le jardin et le chant des oiseaux dans les arbres, en oubliant de parler de la chaudière qui ne fonctionne pas très bien et des chambres minuscules. Il va te demander si papa viendra habiter aussi dans cette maison puisqu’elle est si bien, et si vous allez refaire un bébé. Tu vas devoir lui rappeler encore et encore que tu n’es plus amoureuse de papa et il va répondre « Ah oui, j’avais oublié », avec sa petite voix fluette du haut de ses 6 ans, et ça te fera pleurer. Toi aussi, tu aimerais parfois oublier.

Tu vas avoir des hauts pas très hauts et des bas très très bas.

Tu vas avoir envie de hurler sur les gens qui te disent « Ah oui, vous vous séparez, c’est la mode, maintenant… » Porter des Stan Smith, c’est la mode. Les murs bleu canard, c’est la mode. Danser la kizomba, c’est la mode. Mais se séparer, ce n’est jamais, jamais, une question de mode. Jamais.

 

 


4 réflexions sur “Se séparer ? C’est la mode

  1. J’aimerais que tu sautes dans le temps et que tu arrives dans un an, dans une maison arrangée par tes soins, dans un nouvel équilibre, avec des enfants habitués à leur nouvelle vie, dans la perspective de vacances paisibles… Seule, indépendante et libre, avec des amis qui t’aiment comme tu es. Accroche toi à toutes ces prévisions pour dépasser cet été si particulier que tu es en train de vivre.

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  2. Salut, ton récit m’a beaucoup remué. Je suis triste en lisant tes phrases car elles expriment ta douleur. Tu vies des instants tres durs et ça me rapelle des passages très compliqués de ma propre vie, lorsque j’etais pris dans une tempête…Heureusement, les tempêtes ne durent pas éternellement et ne font généralement que passer. Je te souhaite de retrouver des vents favorables…

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  3. Non ce n’est pas une mode…
    Les gens qui ne vivent pas ça ne peuvent pas ou difficilement comprendre.
    Comme tu le dis le tri des amis se fait tout seul.
    Et ceux qui restent sont des vrais.
    C’est ceux là vers qui tu pourras aller, parce que tu en as besoin.
    Ceux là seront présents pour tendre un oreille, te filer un coup de main, logistique, matériel, humain…
    Ils ne te jugeront pas t’écouteront, te soutiendront, sans rien demander en retour…
    Même si tu auras l’impression de profiter, eux ne penseront pas ça, ils seront là pour toi et parce que c’est toi.
    Et dans ces moments là il faut que tu t’entoures et tu avanceras dans cette nouvelle vie … TA vie..

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  4. Je pense que la mère de mes enfants et moi même aurions pu écrire les mêmes mots. Je retrouve ce que j’ai vécu et ce qu’elle a pu me dire de ce qu’elle a vécu.
    Il y a une chose que je ne supportais pas à l’époque, c’est qu’on me rassure en disant que le temps qui passe efface la douleur. Pourtant, c’est bien le cas. C’est long, c’est difficile mais ça arrive.

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